ONG ROKHA & MI KYAI LA
* textes rédigés par les élèves grâce à l'atelier écriture d'Annick, ancienne bénévole.
ONG ROKHA "Je m'appelle Ong Rokha. Je suis née en 1988 dans un petit village, a 100 miles de Maulamine, l'état Mon. J'aimerais parler de moi à l'époque ou j'avais 16 ans et où j'ai travaille dans la forêt. Mon travail, c'était de compter les arbres qui avaient été tronçonnés et de les porter dans un camion. C'était un travail rude et... interdit. Je le savais mais notre patron, mon oncle, U Shwe, payait une taxe aux soldats du SPDC et pouvait ainsi couper des arbres.
L'automne ! Oui, c’etait l'automne, en août 2004. Je venais de réussir mon passage en 10ème à l'école du parti Mon, et je suis allé dans la forêt travailler pour pouvoir gagner l'argent qui allait me permettre de poursuivre mes études.
La forêt se trouvait dans la province d' Hawai, à 40 miles à l'Est de Ye, ville de l'état Mon. Il y avait de nombreux gros arbres, des fruits de saison, des légumes, toutes sortes d'oiseaux et d'animaux sauvages. Tout était vert à mes yeux : les arbres, l'eau de la rivière, l'herbes, les rochers...
Nous étions douze employés. Trois étaient Karens et neuf étaient Mon... Notre campement se trouvait près de la rivière, sous un gros banyan, entre deux montagnes. Nous ne voyions jamais le soleil parce que l'ombre des arbres était épaisse. Nous dormions tous ensemble parce que nous avions peur des animaux sauvages.
Chaque nuit, nous devions faire du feu autour de notre campement car notre peuple Mons croit que les animaux sauvages ont peur du feu. Nous n'avions rien, seulement deux casseroles pour cuisiner et un peu de matériel pour travailler.
Aussi la nuit, pour dormir, le sol était mon matelas, les feuilles ma couverture, les racines du banyan mon oreiller et le ciel ma moustiquaire. Quand je ne pouvais pas dormir, la rivière chantait pour moi une chanson et les moustiques me racontaient une histoire pour m'endormir. Les oiseaux etaient mon réveil-matin, surtout les poulets sauvages. Ils me réveillaient tous les matins. Nous les chassions chaque jour, après le travail, pour pouvoir nous nourrir.
Un jour, j'ai vu un troupeau de veaux mais quand j'ai questionné Nai Chan, mon ami, il m'a dit que ce n'était pas des veaux. C'était un troupeau de daims. J'ai vu aussi une troupe de singes à la cime des arbres. Ils n'avaient pas de queue et leur fesses etaient rouges.
Je déteste les singes parce qu'ils me volent ma nourriture pendant que je travaille.
Le vent frais me rendait heureux, quand je me trouvais au sommet de la montagne et je pouvais apercevoir la mer, des îles, des pagodes sur le sommet d'autres collines, de petits villages, des champs de riz, des routes en lacet qui, avec la poussière, ressemblaient à des serpents rouges. Je me sentais comme au paradis : les nuages flottaient sous l'endroit où je me tenais debout. Je n'ai jamais compris pourquoi les gens essaient de détruire cette nature si belle.
Un matin, il faisait très froid et nous, les douze travailleurs, nous nous étions levés tôt pour aller au travail... Nous avions à peu près une heure de marche pour arriver sur notre chantier. Nous chantions tous en cœur, sur le chemin, un chant en Mon, qui parle de la vie des durs travailleurs. Il y avait aussi deux soldats du SPDC dans notre groupe pour nous montrer le chemin. Ils s'appelaient Ko Win et Ko Tun. Ils étaient très gentils. Sur le chapeau de Ko Win, il y avait un petit ruban rouge, et sur celui de Ko Tun, un petit lion. Nous étions quatorze dans notre groupe. Le brouillard etait si épais que nous ne pouvions pas nous voir ; nous pouvions seulement entendre nos voix.
Soudain, un énorme troupeau d'éléphants a traversé la rivière dans notre direction. Nous avons tous grimpé dans un arbre sauf les deux soldats, Ko Win et Ko Tun. Ils se trouvaient au pied de l'arbre. Ko Win a tiré un coup de feu pour effrayer un éléphant mais la balle l'a touché et il s'est mis à hurler de douleur. En quelques minutes les éléphants ont disparu. Nous sommes alors descendus de l'arbre et nous avons continue notre chemin. Ko Tun marchait en tête, Ko Win en queue et nous, entre les deux. Un énorme vieil arbre barrait la route. Il nous a fallu une échelle pour parvenir à passer de l'autre côté. Quand nous sommes arrives sur notre lieu de travail, le soleil était un peu plus haut et nous avons pu nous compter. J'ai été très choqué parce qu'un soldat, Ko Win, manquait.
Aussi, nous avons appelé, crié mais aucune réponse. Nous avons attendu jusqu'à ce que le brouillard se lève. Il était midi. Ensuite, nous nous sommes regroupés et nous sommes retournés à notre campement dans l'espoir de retrouver notre soldat Ko Win. Cela nous a pris une bonne heure. Saw Muu a vu qu'un éléphant était étendu à terre près du vieil arbre qui barrait la route. Nous nous sommes tous approchés de l'éléphant mais il ne bougeait pas. Du sang s'écoulait de son corps. Il était mort. Il avait été abattu par le coup de fusil. Nous savions tous que c'àtait Ko Win qui l'avait tué. Nous avons cherché tout autour de l'éléphant mort et nous avons aperçu un chapeau avec son petit ruban rouge... J'étais étonné : c'était le chapeau de Ko Win. Et maintenant, j'était sûr que Ko Win était mort. A un kilomètre du cadavre de l'éléphant, nous avons trouvé le corps de Ko Win coupé en deux... C'était tout à fait horrible. Nous avons enterrer Ko Win près de l'éléphant et nous sommes rentrés à notre campement. Ce jour là, je n'ai pas pu manger. Je n'ai jamais su comment l'éléphant avait pu tuer Ko Win. J'ai travaillé là jusqu'à la première semaine de décembre 2004. Je suis très triste quand je repense à tout ça."
Mi Kyai La "Je m'appelle Mi Kyai Lai et je suis né dans le village de Mawkonin, district de Ye, de l état Mon, en Birmanie. Je veux raconter mon histoire.
Ma maison est sur la route de la pagode, au village de Maukenin. C'est une petite maison mais elle est suffisante pour ma famille. Il y a dix membres dans ma famille. Nous vivons tous ensemble et avec bonheur dans cette maison. Mes parents ne sont pas des gens instruits mais ils m'encouragent à aller à l'école pour que je devienne quelqu'un d'instruit.
Mes parents cultivent le riz et différentes espèces de céréales et de végétaux pour nous permettre de vivre.
Quand je suis allé à l école, j'ai du vivre chez ma grand-mère, car mes parents ont toujours vécu à la campagne. Le week-end ma jeune sœur et moi, nous allions à la campagne auprès de mes parents et nous avions l'habitude d'aller a la pêche dans les Champset, nous étions heureux. Nous cueillions beaucoup de fruits pour les rapporter à la maison. Quand nous allions à l'école, nous avions ainsi de quoi manger ; car nous n'avons jamais eu d argent de poche.
Malheureusement quand j étais en sixième, ma mère a souffert des reins. C'était sérieux et nous avons été à l'hôpital de Yangoon pour la faire soigner. Le médecin a dit que ses reins étaient fichus et qu'il fallait en changer pour de nouveaux, et il a demandé beaucoup d argent. Mais nous n'avions pas les moyens. Nous sommes rentrés au village et sommes arrivés à la maison à 18 heures.
Cette nuit là, elle a souffert de plus en plus. Elle ne pouvait plus parler, et ce jusqu'à 4 heures du matin ou elle est décédée. A cause de notre pauvreté, nous avons perdu notre mère.
Heureusement, j'ai obtenu mon examen de ''matriculation'' cette année-là et j'ai attendu d aller a l'Uuiversité parce que nous avions dépensé beaucoup d argent pour soigner ma mère. En fait, nous n'avions pas d'argent et je ne pouvais pas aller à lUniversité.
A la fin, j'ai décidé que je devais garder les bœufs et les vaches pour gagner de l'argent et aller a l Université.
Alors mon plus jeune frère qui avait neuf ans et moi avons gardé des bœufs et des vaches dans un grand champ...
Chaque jour, nous emportions du riz et de la pâte de crevettes dans notre ''lunch box''.
Nous avions construit un abri avec du bambou avec un toit de feuilles, sous un arbre, pour pouvoir y prendre nos repas de midi.
Une fois, il a plu toute la journée. Nous ne pouvions nous voir l'un l'autre. Tout était sombre dans le champ. Après une heure et demie la pluie s'est arrêtée."
