MAY DAR LI MAUNG & KYARY INSHELL
* textes rédigés par les élèves grâce à "l'atelier écriture" d'Annick, ancienne bénévole

MAY DAR LI MAUNG "Je m'appelle May Dar Li Maung. Mon père s'appelle Maung Maung et ma mère Daw Tin Tin Nwe. Je n'ai ni frère ni sœur.
Je suis fille unique. Je suis née le 9 avril 1992.
Ma mère était femme au foyer et mon père, conducteur de bus. Mon père et ma mère ont du faire face à de lourdes difficultés, quand j'étais bébé.
Je suis allée à l'école de mon village natal de Thaton, dans l'état Mon, du jardin d'enfants à la classe de 5éme.
J'avais neuf ans quand mon père est parti chercher un autre travail. Mais nous n'avons plus jamais eu de nouvelles de mon père, jusqu'à aujourd'hui... Ma mère a attendu mon père pendant un an. A cette époque, ma mère n'avait plus d'argent et, pour gagner de l'argent, elle s'est mise à frire des haricots qu'elle vendait.
Pendant longtemps, nous n'avons rien eu à manger, même pas de riz, seulement des bananes et de l'eau.
Au bout d'un an, ma mère ne pouvait plus attendre mon père ; il fallait survivre et payer mon école. C'est pourquoi elle m'a envoyé chez mes tantes et elle est partie en Thaïlande pour trouver du travail.
Ainsi j'ai vécu chez mes tantes... il me fallait, tous les jours, faire beaucoup de travaux ménagers et veiller sur leurs enfants. J'ai vécu de longues journées à pleurer en pensant à ma mère ; tout ce travail était épuisant.
Un jour, ma mère m'a téléphoné ; elle m'a confié que son travail était très fatigant et rapportait peu d'argent. Elle a quand-même pu envoyer de l'argent à ma tante pour payer les frais de l'école et ma nourriture. C'est ainsi que j'ai passé une année scolaire loin de ma mère.
Au bout d'un an, je devais passer dans une autre classe et, à cette époque, ma mère tardait à envoyer de l'argent. Alors mes tantes m'ont dit ; "Tu as terminé ta 5ème ; tu sais lire et écrire... c'est suffisant pour vivre."... Dans mon pays, quand des étudiants arrivent en 10ème, ils ne trouvent pas de travail. Ils peuvent seulement trouver un emploi de conducteur de trishaw... ou encore aller travailler la terre. "Aussi tu vas quitter l'école. Dans un an, nous t'enverrons faire une formation. Quand j'ai entendu ça, je me suis sentie très triste. Moi, je voulais devenir quelqu’un d'instruit...
C'est ainsi que j'ai perdu une année scolaire. Au bout d'un an, ma mère a reçu des nouvelles de moi. Elle est alors venue me chercher et m'a emmenée à Myawadi pour que je puisse aller à l'école.
Quand nous sommes arrivées à Myawadi, je n'avais pas de certificat de scolarité et ma mère n'avait pas d'argent pour retourner à Thaton.
A Myawadi, j'ai vécu avec ma mère dans la maison d'une amie ; Ma mère allait à Mae Sot pour travailler.
Leur maison etait très petite et beaucoup de gens habitaient là. Chaque jour, je transportais de l'eau pour leur cuisine et leurs bains. Chaque semaine, ma mère donnait autant d'argent que ça coûtait, pour que je puisse rester.
Un mois plus tard, j'ai confié a ma mère que je ne voulais plus rester à Myawadi. Je voulais vivre avec elle. Mais ma mère m'a répondu qu'elle n'avait pas de maison à Mae Sot, qu'elle logeait dans la manufacture. Quelques minutes plus tard, ma mère a décidé de m'emmener à Mae Sot pour que je travaille avec elle dans la même usine. Mais le patron a refusé de m'embaucher ; Parce que j'étais trop jeune : "Tu aurais trop de travail a faire et tu pleurerais...".
Ce jour-là, il pleuvait. Maman m'a pris dans ses bras et nous avons pleuré sous la pluie ; je n'avais aucun endroit où rester.
Le lendemain, ma mère m'a envoyé à Mae Pa, chez une amie. Quand je suis arrivée à Mae Pa, je ne savais pas qu'il y avait une école.
Un mois plus tard, ma mère a appris qu'il existait une école. C'est ainsi qu'elle m'a envoyé à l'école BHSOH.
Quand je me suis installée dans cette école, ma mère se faisait toujours du souci pour moi. Mais aujourd'hui, elle est heureuse de me voir faire des études. Tous les dimanches après-midi, elle vient me voir à bicyclette.
Quand j'étais jeune, ma mère et mon père me répétaient qu'ils souhaitaient que je devienne une personne instruite... Mon père, lui, n'avait pu aller que jusqu'en 4ème et ma mère jusqu'en 10ème.
Selon le souhait de mes parents , je voudrais devenir quelqu'un de cultivé.
Mon plus grand rêve est que , quand je serai devenue quelqu'un de cultivé, mon père , ma mère et moi nous puissions vivre en paix, dans notre pays et que je puisse m'occuper des enfants orphelins et sans foyer.
A ce jour , je suis en 9ème au BHSOH et je fais tout pour que mon rêve se réalise."
KYARY INSHELL "Je m'appelle Kyary Inshell et je suis élève au BHSOH.
Je suis né en 1988, dans le village de Pan Lin, dans le district de Kyeng Tong, à l'Est de l'état Shan, en Birmanie. Je suis Lahu...
Quand j'étais en 9ème en Birmanie, je suis devenu handicapé... c'était en 2002. J'ai beaucoup pleuré parce que je voulais aller à l'école avec mes copains. Mais j'ai quitte l'école et je n'avais plus aucun espoir pour mon avenir.
Je vais expliquer comment je suis devenu un infirme...Un jour je suis tombé malade et je suis allé voir un médecin, dans une clinique, en Birmanie. Alors ce médecin m'a fait une piqûre... et je ne me suis plus souvenu de rien... je me rappelle seulement que je suis arrivé à l'hôpital... et ensuite je ne pouvais plus bouger mes jambes. J'ai beaucoup pleuré... Puis je suis revenu dans mon village et j'ai continué à soigner mes jambes au moyen de feuilles et de racines. C'est pourquoi je peux marcher un peu.
Quand mes camarades revenaient au village de l'école, en ville, je pleurais dans mon lit. Je voulais faire mes études avec eux. Mais je restais tout le temps à la maison... Aussi j'ai commencé à me droguer... alcool, opium, cigarettes... et d'autres drogues. J'étais à la recherche de mon bonheur mais je ne le trouvais pas.
J'ai encore vécu trois ans dans mon village, après être devenu handicapé... Je ne pouvais pas aller à l'école... mes parents sont fermiers, ils sont pauvres et ne gagnent pas grand chose. Ils cultivent le riz, les cacahuètes et d'autres cultures pour pouvoir survivre. Aussi ils ne pouvaient pas m'aider ni m'envoyer à l'école.
Comme je voulais devenir quelqu'un d'instruit, je suis venu à Mae Sot, en Thaïlande, pour poursuivre mon instruction. Dès que je suis arrivé à Mae Sot, j'ai pu aller à l'école BHSOH. Maintenant j'ai bon espoir pour mon avenir.
Quand j'avais dix ans, j'étais allé avec mon père jusqu'au village de mon oncle , à pied. Et là, j'ai pu pêcher, chasser... j'etais très heureux.
Comme je veux devenir une personne cultivée, je fais de gros efforts.
Si je deviens un "érudit", je devrai aider non seulement au développement de l'éducation de notre peuple Lahu, mais aussi à la victoire de la démocratie, en Birmanie , contre le régime militaire. Voilà qui je suis."
