CAROLINE "Je suis arrivée à Mae Sot le 14 septembre 2009... A mon arrivée le soir même, j'ai fait le tour du centre ville en scooter avec François et j'ai pris immédiatement le pouls de cette ville, aux dimensions multiples, à la chaleur étouffante et aux odeurs ambivalentes. C'est à la fois le carrefour commercial de la région frontalière thaï-birmane, le quartier général des ONG (étrangères et locales) et un point de chute pour de nombreux migrants venus de Birmanie et employés illégalement -pour la plupart- dans les commerces et usines de la ville. J'ai été fascinée par la cohabitation entre ces nombreux birmans sans ressources et au regard profond, qui en dit long sur les épreuves qu'ils ont traversées, et les populations thaï, beaucoup plus riches évidemment, affairées, captivées par les séries télé et roulant parfois dans de belles voitures climatisées. Les birmans ici n'ont pas de droits, ils sont tout simplement illégaux et parfois à la merci des thaïs qui les tolèrent comme main d'oeuvre pas chère mais n'hésitent pas non plus à les déloger sans motif apparent. Néanmoins, ils demeurent du bon côté de la frontière et même s'il règne un climat parfois de parano (il y aurait apparemment des espions à la solde du régime birman infiltrés un peu partout), leur situation reste moins pire qu'en Birmanie. Disons aussi que leurs principales ressources à Mae Sot sont les organisations humanitaires qui font un travail incroyable. Avec Céline, nous avons visité le site de construction d'une aire de jeux pour enfants, dont l'initiative revient à l'association "Playground". Ils recrutent régulièrement des volontaires de passage à Mae Sot et font un travail de titan pendant quinze jours pour les écoles "migrantes" afin de réaliser à l'aide de troncons de bois, de pneus et de bambous, des aires de jeux incroyables que les enfants (souvent des karens) inaugurent avec l'association, en fanfare!
L'école One Dream One World est une de ces écoles migrantes. Elle est également appelée Children Care Center. Les enfants y sont jeunes, âgés entre 2 et 12 ans. Ils vivent dans les bidonvilles aux alentours de l'école, dans des cabanes sur pilotis, souvent recomposées avec des morceaux de métal et de bois qui tiennent on-ne-sait-comment. Ces enfants donnent beaucoup: tant de sourires nous attendaient chaque matin en arrivant à l'école avec le traditionnel "good morning teacher, how are you!". Ils sont surtout exemplaires tant ils réussissent à s'amuser de peu et c'est un véritable plaisir de les voir ainsi se défier les uns les autres. Leurs jeux préférés étaient les toupies qu'ils s'amusaient à faire tourner sur leurs bras, leurs pieds, leurs mains. Il y a également un jeu avec de simples élastiques en caoutchouc (provenant du petit sachet de glace qu'ils achètent parfois dans la rue - un genre de "mister freeze") qu'ils font avancer en soufflant dessus et le premier arrivé a gagné. Ces enfants sont une leçon de vie et je garde un précieux souvenir de mes instants avec eux."
FRANCOIS "A Mae Sot j’ai découvert un autre monde, voir des autres mondes. Le matin, trois heures au One Dream One World lessivent son homme ; mais on en redemande allez savoir pourquoi? Sans doute à cause de leur sourires, de leur rires, de leur pleurs, sans doute parce qu’être avec ces enfants qui ont si peu mais qui sont exactement comme ceux de chez nous est attachant. Entre Abdullah qui connaît son alphabet et fait figure de leader chez les « petits » et Dsé Dsé (je dois oublier des h) dont le sourire n’a d’équivalent que la nonchalance, les intéresser, leur enseigner des bases de savoir vivre et d’anglais est un plaisir qui se renouvelle tous les jours. Un défi aussi. Récitation d’alphabet, comptines, dessin, peinture, jeux en tout genre occupent bien une matinée conclue par un traditionnel "bye bye teacher".
L’après-midi c’est autre chose, Mae Pa est une ville à 5 km de Mae Sot. Ici, c’est les cours de français. Une dizaine d’élèves en moyenne, entre les départs et les retours des camps alentours, le suivi n’est pas aisé mais leur volonté est sans pareille. Les élèves deviennent des amis, on joue au foot, au ping pong, on mange un morceau ou l’on va nager au lac, des relations humaines se créent. Ils me parlent de leur histoire, de leur vie en Birmanie, de la Thaïlande, de leur rêve de voyage, de leur envie d’être docteur, enseignant, ingénieur, nul doute qu’ils en ont les capacités et la volonté.
Et enfin la vie à Mae Sot, les rencontres avec les autres volontaires, Français, Canadiens, Anglais… pas le temps de s’ennuyer, de nouvelles rencontres ont lieu tous les jours. Piscine, football, bar et restaurant sont les activités principales. Mae Sot est vraiment un lieu de vie intense où je suis toujours fatigué, mais c’est pas pour autant que j’irais me coucher."